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Point Banque

– le 01 mars 2021

Une nouvelle ère sociale émerge peu à peu où la tendance du sans contact, devient progressivement une norme comportementale. La crise sanitaire nous a poussé à revoir nos modes de consommation, tout en respectant scrupuleusement nos distanciations sociales. D’ailleurs, les entreprises l’ont bien compris, puisqu’elles débordent d’imagination afin d’apporter des solutions technologiques toujours plus efficaces. L’entreprise MZ technologie, par exemple, propose un service aux entreprises afin de projeter les commandes à l’aide d’un hologramme actif. Le paiement n’est pas en reste non plus, puisque le paiement sans contact, qui jusqu’alors avait du mal à se frayer une place, est devenu une solution incontournable à la problématique sanitaire.
Cette dynamique s’inscrit parfaitement dans la feuille de route de la BCE, qui souhaite disposer d’un marché unique des paiements de détail entre les 27 pays membres de la l’UE. Ce vaste projet a pour ambition de créer une solution de paiement européenne unifiée et sécurisée, fluidifiant les transactions de détail. Seulement voilà, aujourd’hui, la quasi-totalité des paiements électroniques et mobiles se font via une carte bancaire, secteur très largement dominé par les géants américains VISA et MASTERCARD. Alors oui, les consommateurs ont gagné en simplicité et efficacité, mais les banques, elles, continuent de payer aux fournisseurs de cartes bancaires des frais : réseau de la carte, investissement dans l’innovation, lutte contre la fraude etc. Il suffirait donc de s’affranchir de ce monopole et ainsi permettre aux banques de générer de nouveaux revenus. C’est l’un des objectifs de la nouvelle cinématique de paiement Request to Pay, dont le premier guide d’implémentation sera publié en début d’année 2021 par l’European Payments Council (EPC).

Simplifier les paiements mobiles…

Le travail a été initié en 2017, lors du lancement officiel du nouveau moyen de paiement SEPA Instant Credit Transfer (SCT Inst). Celui-ci permet de créditer un compte bancaire en l’espace de quelques secondes au sein de l’Espace Economique Européen. Le gain de temps est phénoménal et rassure le consommateur puisque l’argent est disponible instantanément. Néanmoins, un frein, et pas des moindres, empêche d’exploiter son plein potentiel : l’initialisation du paiement par virement. Enregistrer l’IBAN du destinataire, renseigner le montant, indiquer la date d’exécution de l’opération, sont autant d’étapes qui dissuadent l’utilisation de ce service. Il faudrait donc simplifier ces étapes, pour que le consommateur n’ait plus qu’à valider l’opération. A l’instar de l’application Lyf Pay, qui permet de réaliser un paiement en flashant un QR-Code à l’aide de son smartphone. C’est bien là tout l’enjeu du nouveau service Request to Pay.

Certes, le Request to Pay est un service de messagerie standardisé et interopérable avec les infrastructures de paiement existantes, cependant, il ajoutera la possibilité à un créancier d’envoyer directement une demande de virement bancaire au payeur, simplifiant ainsi la cinématique de paiement. Il s’agira là d’une révolution dans l’écosystème des paiements européens, puisque ce nouveau procédé permettra aux banques européennes de s’émanciper de la carte bancaire. De plus, ce format pourra être complété par d’autres modalités lors de la demande : paiement fractionné, date de paiement ultérieure, etc. Concrètement, comment cela fonctionne-t-il ? A l’aide d’une application, le payé renseigne les informations relatives au payeur, il initie la demande de paiement (RTP), le payeur est ensuite notifié, puis valide l’opération auprès de sa banque à l’aide de son smartphone. Le payé reçoit immédiatement la confirmation de l’acceptation du RTP, ainsi que les fonds.

…afin de gagner de nouveaux revenus

Si l’affranchissement de la carte bancaire comme support de transaction est un objectif clairement affiché, un nouveau modèle économique doit être repensé. En effet, le business model que l’on connaît actuellement sera complétement bouleversé et un nouvel équilibre doit donc être trouvé entre les banques, les régulateurs et les clients. Pour faire simple, aujourd’hui lors d’une transaction, la banque d’un commerçant paie à la banque du porteur de la carte, la commission interbancaire de paiement et les frais de réseaux. Il s’agit là des deux frais incompressibles liés à l’utilisation de la carte bancaire. Ensuite, la banque du commerçant facture au commerçant une commission intégrant ces deux frais. Cette rétro-commission permet de « dédommager » la banque du client qui supporte l’essentiel des coûts liés à l’utilisation de la carte bancaire. Un système de commissions sur virements instantanés, équivalent aux commissions d’interchange, doit donc être mis en place, afin que le business model soit viable pour tous les contributeurs.

Autre élément à prendre en considération, ces commissions varient en fonction de la banque, du type de carte bancaire, de la zone géographique de la transaction, du pays… Autant de cas d’usages qui compliquent la tâche des banques afin de définir une grille tarifaire optimale et in fine dégager des revenus. En supprimant cet intermédiaire et en utilisant le Request to Pay avec les virements SEPA, les banques européennes se doteraient d’un système de paiement paneuropéen unique et viendraient directement concurrencer les systèmes de paiement internationaux existants.

European Payments Initiative, à la conquête de l’Europe

Aujourd’hui, aucun obstacle ne semble venir stopper l’ascension de ce nouveau système de paiement. D’ailleurs, les réflexions ont déjà commencé, puisqu’en fin d’année 2020, un groupe de 16 banques européennes a créé la société European Payments Initiative Interim Company (EPI), qui vise justement à mettre en place cette nouvelle solution en définissant les règles de fonctionnement et le futur business model, en ayant pour objectif de lancer ce nouveau service le 15 juin 2021.

Les coûts liés à l’utilisation de la carte bleue ne sont plus compatibles avec les idées novatrices des fintechs. En témoigne la néobanque Lydia, qui facture désormais dès le quatrième rechargement de compte par carte bancaire et suggère plutôt l’utilisation de virements bancaires, justifiant cette démarche par un coût d’opération trop élevé. Le Request To Pay s’annonce donc comme une alternative solide aux solutions internationales existantes.

A l’heure où l’Union Européenne s’arme de plus en plus afin de défendre son industrie face à l’expansion Chinoise et le protectionnisme Américain, le Request To Pay est un message fort envoyé aux institutions internationales. Près de 20 ans après l’introduction de l’Euro, le temps est donc venu pour l’Europe de s’unir une nouvelle fois et débuter une nouvelle ère des moyens de paiements européens.

Par Romain Parinaud, consultant chez Square.

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