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L’Etudiant Educ Pro 

– le 01 Juin 2021

Depuis plus d’un an, le contexte sanitaire conduit à la généralisation des formations à distance. Mais chacun l’aura constaté, qu’il soit d’un côté ou de l’autre de l’écran, une simple transposition du support présenté en présentiel ne peut suffire ! Penchons-nous sur les deux pans du rôle de formateur (la conception et l’animation) pour cerner les bonnes pratiques d’une formation réussie malgré la distance.
La guerre se gagne dans les plans” nous disait Sun Tzu. Le constat est le même pour les formations. Or la distance oblige à repenser la conception de ses déroulés pédagogiques pour préserver la sérénité et la confiance du formateur comme des formés.

Bonne pratique #1 – Le bon nombre de participants

D’un côté, les professionnels de la formation s’accordent à dire que six participants, voire huit, est le format idéal pour préserver l’implication des participants et les interactions avec le formateur. D’un autre côté, les commanditaires de formations préfèreront des groupes de formation de 10–12 personnes, assurant une meilleure optimisation du temps du formateur. C’est avec un double diagnostic sur les participants (niveaux, motivations, freins) et la formation (difficulté, mises en pratique, rythme) que le meilleur effectif sera trouvé.

Bonne pratique #2 – Des techniques pédagogiques adaptées

Basculer sur des formations à distance ne signifie pas transposer son contenu de formation présentiel mais plutôt le transformer, en orchestrant les techniques les plus pertinentes pour maintenir les participants en action.

Pour y parvenir, il faut analyser chaque temps pédagogique : « cette technique est-elle pertinente à distance ? », « vais-je conserver l’engagement de tous en utilisant cette technique ? », « l’alternance des temps synchrones et asynchrones est-elle adaptée ? ». Plus les participants seront stimulés par des activités variées, plus leur implication sera assurée.

Bonne pratique #3 – Des outils numériques, oui mais pas trop !

La diversité de stimulation ne doit pas se confondre avec la multiplication des outils et artifices numériques. L’offre est large, couvre de nombreux besoins et impose de choisir. Pour y parvenir, il convient de partir du besoin pédagogique puis de comparer les outils et de sélectionner le plus adapté. Attention, ce n’est pas l’outil qui détermine la technique pédagogique mais bien l’inverse.

De plus, il est important de ne pas utiliser un trop grand nombre d’outils, au risque de perturber les participants et générer plus de frustration que d’intérêt et d’engagement. Un ou deux outils – en complément de l’outil visio -, bien maîtrisés et bien présentés par le formateur, semble être un bon compromis.

Une animation dynamique au service des objectifs pédagogiques

« On apprend seul mais jamais sans les autres » remarquait Philippe Carré. Dans cette logique, le formateur crée les conditions de la socialisation et facilite la dynamique de groupe. A distance, il doit donc continuer à assumer son triple rôle : produire/faire produire, faciliter, réguler.

Bonne pratique #4 : le formateur, producteur et moteur du travail

  • Favoriser le dialogue. Pour susciter l’intérêt des participants, leur proposer du temps de partage de leurs perceptions et retours d’expérience. Inciter au dialogue permettra aux aprenants qui n’osent pas et se cachent derrière leur écran de s’exprimer.
  • Être complet mais concis dans ses exposés. La règle d’or pour une formation en présentiel consiste à limiter un exposé à 20 minutes. Cette durée se réduit à 10–15 minutes pour une formation à distance, en y ajoutant des exemples concrets et en partageant des éléments connus de tous pour faciliter la compréhension.
  • Apaiser toutes les interrogations. Il est nécessaire de répondre aux questions des participants au fur et à mesure : un participant interpellé par un point, n’ayant pas de réponse à sa question, ne sera plus engagé dans la formation.

Bonne pratique #5 : Le formateur, facilitateur de l’attention collective

  • Accepter les silences des participants : Les silences en cours de formation à distance peuvent paraître longs et déstabilisants pour un formateur. Ils ne sont que le signe d’un temps pour l’interprétation d’informations et de signaux non verbaux plus difficiles à observer qu’en présentiel. Il faut accepter cette latence indispensable.
  • Maintenir un lien permanent avec les participants. De la même façon, les participants aussi peuvent être perturbés par des silences du formateur. Ces silences, généralement liés aux manipulations invisibles d’outils et supports, doivent être explicités en temps réel, simplement.
  • S’assurer que les consignes sont claires et comprises. Répéter et reformuler les consignes est un principe auquel sont habitués les formateurs. Pour une formation à distance, il importe d’accentuer encore plus ce principe et ne pas hésiter à afficher les consignes complètes sur son support de formation projeté ou dans le chat par exemple.

Bonne pratique #6 : le formateur, régulateur des interactions

  • Apaiser les participants « difficiles ». Les participants les plus agités ne disparaissent pas lors de formations à distance, au contraire. Il est primordial pour le formateur d’intervenir vite, en circonscrivant le perturbateur et en recentrant le groupe sur l’échange pédagogique.
  • Clarifier les règles de fonctionnement. Pour éviter tout malentendu mieux vaut poser clairement les règles d’interaction. Elles détaillent l’utilisation du micro – à couper lorsque l’on ne parle pas -, de l’espace chat – pour poser des questions sans interrompre l’orateur – et de la caméra (prévenir en amont de la formation que son utilisation sera attendue par le formateur.
  • Soigner ses « ice breaker » plus qu’en présentiel. A distance, il est encore plus important d’initialiser le dialogue, de se découvrir et de mettre les participants en énergie. Mais le format réduit ou modifie les jeux introductifs disponibles. Le formateur devra veiller à proposer un « ice breaker » compatible avec les contraintes logistiques.

In fine, nous voyons bien que les formations à distance ne transforment pas les besoins des apprenants mais renforcent l’exigence d’expertise du formateur, tant dans sa dimension de concepteur que d’animateur. L’écran imposant de la distance entre les participants et le formateur, ce sont ces qualités qui l’aideront à regagner ce que la distance fait perdre en dynamisme et interaction à son groupe.

Mouvement de fond, cette prise de conscience des usages du distanciel s’est évidemment accélérée en 2020. Depuis, des études concordantes témoignent de l’appétit des entreprises et des collaborateurs pour ce type de formations. Les premières y voient optimisation, flexibilité et souplesse, les second y trouvent efficacité et diversité. La question n’est donc plus « est-ce sur site ou à distance ? » mais surtout « est-ce captivant et pertinent pour moi ? »

Par Camille Astruc, consultante chez Square.

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