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Focus RH

– le 15 décembre 2023

L’ancien entraîneur de l’équipe de France d’escalade, Rémi Samyn, affirme que « Se battre quand tout va bien, est facile, persister à aller au-delà de ses limites lorsque les choses tournent mal, voilà ce qu’est la combativité. » L’exemple d’Adam Ondra, grimpeur professionnel et multiple champion du monde, est édifiant. Il est le premier athlète à avoir conquis « un 9c », l’une des voies actuelles les plus difficiles au monde ; projet auquel il aura consacré sept années de sa vie.

La combativité, ou persévérance, est essentielle pour mener à bien ses projets sportifs ou professionnels. En entreprise, en alliant le bon état d’esprit à des outils méthodologiques, comme ADKAR (Awareness, Desire, Knowledge, Ability and Reinforcement) utilisé en conduite du changement, on augmente ses chances de succès. L’escalade obéit aux mêmes règles et représente donc une bonne mise en pratique de l’intérêt de disposer d’outils théoriques, tout en travaillant sur son mental. En repoussant ses propres limites on peut souvent atteindre des objectifs plus ambitieux.

Prise de conscience et désir

La pratique de l’escalade après travail consiste à prendre le temps d’analyser chaque mouvement, puis de les exécuter, au risque de chuter, jusqu’à parvenir à un enchaînement fluide. La première phase pour le grimpeur qui souhaite progresser, démarre par une prise de conscience des facteurs limitants/ croyances (le A de ADKAR). Il s’agit d’abord d’identifier ses lacunes, en termes de style, de force ou encore les barrières mentales qui bloquent sa progression. Le doute n’est jamais loin : « Est-ce vraiment faisable ? Ne suis-je pas trop ambitieux ? Vais-je tomber, me blesser ? ». Dans le milieu sportif et dans un environnement professionnel, ces questionnements freinent la performance.

La seconde clé de la réussite selon la méthode ADKAR est le désir (le D de ADKAR). L’envie de progresser pour réussir une voie – comme pour toute démarche collective ou individuelle dans l’entreprise – est un ressort très personnel qui relève de la motivation intrinsèque ou extrinsèque. Il est alors nécessaire de passer par une étape d’introspection pour comprendre le moteur de son désir : « Quel besoin me ou nous pousse vers cet objectif en particulier ? Qu’est-ce qu’il va apporter, à moi ou au collectif ? ». En devenant proactivement acteur du changement, on augmente significativement ses chances de succès.

Formation et Apprentissage

Le processus de formation et d’apprentissage (le et le de ADKAR) peut être une phase frustrante, car elle oblige à un détour avant d’atteindre l’objectif final et induit de passer par des échecs. En escalade, cette phase est le moment où l’on va se confronter à la voie, tomber, répéter, travailler chacun des mouvements. L’objectif est d’apprendre la gestuelle et d’identifier les points de blocage pour ensuite mieux les dépasser. C’est là que la persévérance devient un des facteurs déterminants de la réussite. Adam Ondra a pu garder la motivation pendant sept ans sur un projet qui le tenait en échec. Aussi frustrant que cela puisse paraître et en dépit des échecs rencontrés au cours de ces sept années de travail, il a réussi à garder son objectif de première mondiale en ligne de mire. C’est ce que l’on pourrait aussi appeler en entreprise le « growth mindset », ou comment utiliser l’échec comme tremplin de l’acquisition de nouvelles compétences.

La réalisation d’un objectif aussi ambitieux soit-il, est finalement, extrêmement satisfaisante. Tous les grimpeurs et sportifs professionnels peuvent en témoigner. Le bénéfice est aussi bien physique que mental, avec le renfort de la confiance en soi ou le gain de nouvelles compétences plus polyvalentes ou plus pointues. Cela permet aussi d’en ressortir plus fort et plus épanoui dans sa pratique sportive. Il est assez facile de répliquer les principes même de l’escalade (préparation, concentration, effort, solidarité) dans sa vie professionnelle et d’en appliquer les ingrédients du succès.

Mentor et Performance

L’expérience est indispensable à l’apprentissage théorique et il est nécessaire de passer par une phase de renforcement (le du modèle ADKAR), qui là aussi demande de la persévérance pour consolider ses nouvelles compétences. Cela permet de développer la confiance nécessaire pour entreprendre de nouveaux défis et remporter des objectifs plus ambitieux. Les erreurs que nous faisons et les aléas que nous rencontrons nous fournissent des leçons de vie précieuses. Le support d’un mentor peut être intéressant lors de cette étape. Il permet d’apporter un regard extérieur, complémentaire à l’introspection ainsi qu’à l’évaluation de ses limites, comme abordé plus haut.

En escalade, un grimpeur plus expérimenté qui a déjà enchaîné la voie, ou en entreprise, un senior qui a déjà rencontré des circonstances comparables, peut être un bon moteur de progression, que ce soit par l’explication des difficultés, par ses encouragements ou en partageant des clés de développement personnel. La présence d’un expert, via son regard extérieur et bienveillant, permet alors d’accélérer son processus d’apprentissage de nouvelles compétences, en agissant comme un catalyseur de confiance en soi.

Pour conclure, comprendre les clés de la réussite reste une expérience avant tout personnelle, dont la persévérance est un des secrets. Disposer du bon état d’esprit ou « growth mindset » donne le pouvoir de grandir, d’évoluer et de sortir de sa zone de confort. En alliant cette attitude, à des outils méthodologiques comme ADKAR et en s’appuyant sur l’apport d’un mentor, les objectifs deviennent plus rapidement atteignables et ambitieux. La culture d’entreprise doit favoriser la mise en œuvre de ces principes, pour valoriser à la fois la réussite collective et individuelle, tout en proposant un environnement bienveillant qui encourage l’échec comme moteur d’apprentissage.

Par Guillaume Quatrehomme, Consultant Confirmé chez Square Management.

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