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Le courrier Financier 

– le 07 juillet 2021

En 2022, la réforme des taux de référence interbancaires aura un impact direct sur les marchés. Quels sont les enjeux de cette réforme ? Comment faire face à la transition ? L’éclairage de Stephan Eyoum, Consultant Senior chez Groupe Square.

2022 verra la fin des taux d’intérêt interbancaires tels que nous les connaissons aujourd’hui. Plus connu sous le nom IBOR, Inter-Bank Offered Rate, ces taux servent de référence pour les prêts sans garantie et soutiennent le commerce mondial des produits financiers (obligations, dérivées etc.).

A titre d’exemple, nous estimons que le LIBOR, London Inter-Bank Offered Rate, le plus utilisé des IBORs est référencé dans près de 350 trillions de dollars d’encours financiers sur le plan mondial. Cette réforme des taux de référence financiers aura donc un impact significatif sur les marchés financiers.

Que sont les IBORs ?

Les IBORs sont les taux d’intérêt interbancaire moyen auxquels les banques sont prêtes à se prêter mutuellement. Dans le calcul, les 15 % les plus élevés et les 15 % les plus bas de tous les taux collectés sont éliminés. Les taux restants seront mis en moyenne et arrondis à trois décimales. Le résultat sera décliné sous plusieurs maturité et pour plusieurs monnaies.

Le LIBOR, le plus utilisé des IBORs, est conçu pour refléter le prix des marchés de financement interbancaires de Londres et est publié quotidiennement dans diverses monnaies (EUR, USD, GBP, CHF, YEN) et sur plusieurs maturités (au jour le jour, à une semaine, à trois mois, à six mois), sur la base des soumissions d’un panel de banques de la place.

Pourquoi cette réforme ?

Comme énoncé plus haut, le calcul de ces indices se fait sur une base déclarative. Or au fil du temps, l’évolution des marchés de financement interbancaires a fait que les soumissions des banques étaient de moins en moins fondées sur des transactions observables et davantage sur des avis d’experts. Ceci en grande partie parce que les flux d’emprunts interbancaires non garantis avaient sensiblement diminué après 2008, une conséquence de la crise financière des subprimes.

Outre ce premier constat, une série de scandales a scellé le sort de l’indice de référence LIBOR, autrefois dominant. En 2012, un groupe de banques a été accusé d’avoir manipulé leurs soumissions LIBOR. Durant cet incident, les traders de nombre de ces banques ont délibérément soumis des taux d’intérêt artificiellement bas ou élevés afin de forcer l’indice à augmenter ou à diminuer, dans le but de soutenir les activités de trading et de vente de produits dérivés de leurs propres institutions.

Ainsi, à la suite de la perte de confiance causée et craignant que les taux de référence ne soient plus fiables ou représentatifs, les autorités de régulation financière ont-elles décidé de réformer la publication et l’utilisation des taux de référence. La réforme aboutira à des repères plus solides et davantage basés sur des transactions. En Europe, nous parlons alors de la réforme BMR (Benchmark Regulation) qui s’applique notamment à l’EONIA (Euro OverNight Index Average) et à l’EURIBOR (Euro Interbank Offered Rate).

Qu’est-ce qui change ?

La publication des IBORs sous leurs formes actuelles cessera après 2021. Ce remplacement est une entreprise importante pour les acteurs des marchés financiers. Ces références seront progressivement éliminées et remplacées par des taux de référence alternatifs (Alternate Reference Rates, ARR).

Les LIBORs en devise se verront remplacés par des ARRs distincts. SOFR (Secured Overnight Financing Rate) pour LIBOR USD, SONIA (Sterling Overnight Interbank Average Rate) pour LIBOR GBP, TONAR (Tokyo Overnight Average Rate, Japan) pour LIBOR JPY, SARON (Swiss Average Rate Overnight) pour LIBOR CHF.

Pour la partie euro, l’EURIBOR a été réformé en 2019 et est maintenant conforme au règlement européen de référence. L’EONIA, lui cesserait d’être publié à partir du 3 janvier 2022 et sera progressivement remplacé par l’€STR (Euro Short Term Rate). Ces nouveaux taux sont basés sur des transactions réelles au jour le jour et sont garantis par des sûretés.

Les défis de la transition

Les ARRs et les IBORs sont nettement différents. Les IBOR soutiennent des dettes non garanties et non sécurisées et continuent de reposer sur un grand nombre de jugements d’experts tandis que les ARRs sont basés sur des transactions réelles au jour le jour et sont garantis par des sûretés.

Ces différences intrinsèques auront un impact sur les produits et services actuellement fournis par les institutions financières. Cela pourrait nécessiter une modification des contrats existants et une évolution de la tarification des produits financiers commercialisés passé 2021.

Compte tenu de la brièveté des délais, l’enjeu majeur sera pour toute la filière de réduire le risque de volatilité des prix apportée par ces changements. D’énormes chantiers sont donc à prévoir pour couvrir les impacts opérationnel, comptable, juridique, fiscal et réglementaire de la réforme.

Comment faire face à la transition ?

Il est important pour toutes les parties prenantes de bien appréhender ce que le passage d’un IBOR à un ARR pourrait signifier. La préparation, sans être exhaustive, peut inclure la compréhension :

de vos expositions aux IBORs et la manière dont les transactions existantes peuvent se comporter si la dépendance aux IBORs est progressivement éliminée ou si leur publication cesse, y compris les risques liés à la poursuite de leur utilisation dans les nouvelles transactions ;

  • des actions nécessaires pour assurer votre préparation et limiter les impacts et les risques de la transition (plan de transition, changement de modèles, etc.) ;
  • des autres impacts que le passage d’un IBOR à un ARR peut avoir sur votre organisation (renégociation de contrats, communication, litiges etc.) ;
  • Des efforts conjoints, associant régulateurs et acteurs privés, seront nécessaires pour assurer la transition. Le secteur entier de la finance internationale continue à travailler sur certains aspects de la transition et sur le fonctionnement des nouveaux marchés et produits.

Au niveau européen, des groupes de travail nationaux et les principaux régulateurs de chacune des monnaies du LIBOR dirigent les efforts visant à résoudre ou à clarifier les questions en suspens. En somme, les contours des effets de cette réforme sont encore flous, mais il est d’ores et déjà possible d’en anticiper les conséquences, car comme le dit l’adage : « prévenir vaut mieux que guérir ».

Par Stephan Eyoum, consultant chez Square.

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