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Le courrier financier

– le 4 décembre 2020

Face à la crise du coronavirus, l’Union européenne a mis en place le Pandemic Emergency Purchase Program (PEPP) pour sauver certains Etats membres de la faillite. Quel rôle joue le Quantitative Easing (QE) dans ce programme de relance ? Quel bilan historique et économique pour cet outil financier ? Les explications de Cindy Carpentier, consultante Square.
Mille trois cent cinquante milliards d’Euros. C’est le montant que la Banque Centrale Européenne (BCE) a décidé d’allouer en 2020 à ses Etats membres pour leur permettre de faire face à la crise sanitaire qu’elle traverse. Ce nouveau programme, baptisé Pandemic Emergency Purchase Program (le PEPP), n’est autre que le petit frère d’un précédent programme de relance ayant vu le jour en 2015. Le PEPP vise à financer plus précisément certains Etats membres de l’UE menacés de faillite. Les pays du sud sont les premiers concernés, frappés de plein fouet au moment où leurs économies étaient déjà fragilisées.

Ce que le PEPP doit au QE

S’il a été très rapide de mettre en place le PEPP, c’est parce que les instruments qui le composent sont déjà bien rodés, à commencer par l’assouplissement quantitatif mieux connu sous le nom de Quantitative Easing (QE). Il s’agit d’un outil auquel une banque centrale (institution chargée par l’État de décider et d’appliquer la politique monétaire) a recours pour faire face à une crise de grande ampleur. Il se caractérise par l’achat massif d’actifs financiers injectant des liquidités auprès desdits acteurs financiers qui, théoriquement, les transfèrent sous forme de dette aux entreprises et aux ménages dans le but de relancer l’activité.

Cet instrument « de crise » fête aujourd’hui ses 25 ans. C’est en 1995 que le Quantitative Easing apparaît pour la première fois dans la presse, poussé par l’économiste Richard Werner dans un article intitulé How to Create a Recovery through ‘Quantitative Monetary Easing’ pour The Nihon Keizai Shinbun, un journal japonais. Dès lors, les Banques Centrales s’en saisissent pour injecter des liquidités importantes dans leurs économies de façon à stimuler l’activité et redresser le taux d’inflation.

Japon, le pionnier des programmes de QE

La Banque Of Japan (BOJ) met en place un premier programme de QE en 2001. Cinq ans plus tard, un nouveau programme est mis en place sur 3 mois successifs puis de nouveau en 2011 pour faire face à une crise déflationniste persistante. Faute d’objectifs fixés au démarrage, la Banque Centrale Nippone finit par acquérir 50 milliards de yens par an d’obligations d’Etat.

Malheureusement, ces 3 programmes ne portent pas leurs fruits et le Japon s’enlise dans une crise économique d’une durée sans précédent et ne voit pas la reprise du cycle arriver. Dans un ultime effort, un nouveau programme de relance économique voit le jour en 2013, connu sous le nom d’Abenomics. Ce dernier comprend également un dispositif de QE mis en place à hauteur de 80 milliards de yens par an.

Etats-Unis, l’arme face à la crise des subprimes

De l’autre côté du Pacifique, la Réserve Fédérale des Etats-Unis (FED) doit faire face à la crise des subprimes. Après avoir abaissé ses taux directeurs à 0 % sans succès, la FED met en place mi-2009 son programme de QE. Cette première vague doit fournir des liquidités aux banques en rachetant les actifs « vérolés » des subprimes et ainsi endiguer une série de banqueroutes qui effraie les investisseurs. Elle va ainsi acquérir le montant colossal de 1750 milliards de dollars d’actifs dont plus de 70 % en actifs subprimes et le solde en bons du trésor.

En 2010, une seconde vague est mise en place pour protéger la dette nouvellement acquise : la FED rachète en direct 600 milliards de dollars de bons du Trésor US en réinvestissant les remboursements des crédits hypothécaires (subprimes mortgage) acquis en 2009. En 2012, elle lance une troisième et dernière vague pour faire face à une hausse du chômage et rachète des actifs financiers et des subprimes pour 85 milliards de dollars par mois.

Angleterre, précurseur en Europe

Outre-Manche, c’est dès 2008 que l’Angleterre lance un programme de QE pour faire face, elle aussi, à la crise des subprimes. Jusqu’en 2009 elle acquiert pour 165 milliards de livres sterling d’actifs aux Institutionnels Financiers ainsi que « quelques créances de qualité élevée directement à des entreprises privées ». Le programme se poursuit jusqu’en 2012 avec 200 milliards d’achats en 2010 et 375 milliards en Octobre 2011 et Juin 2012.

L’Angleterre est ensuite imitée par la BCE qui, après avoir baissé ses taux directeurs dès 2008 se résigne à utiliser le dispositif de QE malgré la complexité à laquelle elle doit faire face pour obtenir un consensus de l’ensemble de ses Etats Membres. Ce n’est donc qu’en novembre 2011, 10 ans après le Japon, que l’Europe lance son premier programme de QE pour faire face à la menace déflationniste.

Elle acquiert pour 1100 milliards d’euros de rachats sur les marchés secondaires d’obligations émis par les Etats Membres ainsi que les organismes européens comme la BEI. Ce programme prend fin en 2018 avec le rachat de 2600 milliards d’euros d’actifs.

L’ultime recours de l’UE face à la déflation ?

Deux ans plus tard, toujours en quête d’une inflation à 2 % et alors même que le PIB de la zone euro a chuté de 11,8 % au second trimestre, la BCE lance donc le PEPP pour faire baisser le taux d’endettement de certain de ses Etats Membres. Si les trois vagues de QE mis en place par la FED ont permis d’inverser efficacement la courbe déflationniste, ce constat ne peut être appliqué au Japon qui ne parvient pas à retrouver l’inflation tant espérée depuis bientôt 2 décennies. Une précision qui a son importance : le montant investi par la BOJ est plus de dix fois moindre que celui investi par la FED au travers de leurs programmes de QE respectifs.

Si nombreux sont les détracteurs des différents programmes de QE et de la politique inflationniste de l’Europe, il semble pourtant clair que cet instrument est un des derniers leviers dont l’Europe peut encore disposer, toute action sur ses taux directeurs cristallisant une situation déjà fragile. Utilisé seul sans autre action des gouvernements pour accompagner la politique économique de QE, le constat est sans appel :

1) le Quantitative Easing dévalue la monnaie et si la balance commerciale de la région est négative il est fort à parier que le pouvoir d’achat des citoyens sera impacté ;

2) si le montant investi n’est pas assez significatif, le dispositif enrichira « les plus riches » au détriment « des plus pauvres » et creusera d’avantages les écarts de richesse. Il faudra donc attendre encore quelques mois pour présager de l’efficacité du dispositif PEPP tout juste mis en place par la BCE.

Par Cindy Carpentier, consultante chez Square.

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