En 2030, votre argent sera géré par des entités non humaines : les banques doivent choisir leur camp

Les Echos
– 24 février 2026
D’ici 2030, 25 % des transactions mondiales pourraient être déclenchées par des agents logiciels autonomes. Pour les banques, un choix va s’imposer : devenir l’infrastructure de confiance de cette économie automatisée, ou se faire reléguer au rang de simples utilités de back-office.
En 2030, la banque ne sera plus seulement le lieu où l’on gère son argent, mais celui où l’on délègue sa souveraineté financière. L’Agentic Commerce n’est pas une simple évolution de l’e-commerce. C’est le coeur d’une économie de l’intention, où des agents logiciels autonomes décident et agissent au nom des utilisateurs, en temps réel et à grande échelle. La transaction n’est plus déclenchée par l’humain, elle devient un flux continu, programmé et optimisé selon des objectifs précis.
Cette mutation est déjà mesurable. Selon Gartner, près de 15 % des transactions mondiales seront initiées par des entités non humaines d’ici 2028, et cette part pourrait atteindre 25 % d’ici 2030 (Gartner, 2023), représentant plusieurs dizaines de trillions d’euros en Europe. Les banques doivent choisir entre devenir l’infrastructure de confiance de cette économie automatisée ou se faire dépasser par des acteurs technologiques plus rapides, déjà maîtres de la gestion algorithmique des flux financiers.
Face au goulot d’étranglement de la validation humaine Le modèle bancaire actuel, fondé sur la validation humaine de chaque paiement, devient un goulot d’étranglement. Micro transactions quotidiennes, optimisation énergétique, arbitrage automatique d’abonnements ou micro- investissements : personne ne peut suivre ni approuver manuellement ces milliers d’opérations. La performance économique impose de passer à l’autorisation intentionnelle, où l’utilisateur définit le
cadre et les agents agissent de manière autonome.
Dans ce monde, l’utilisateur fixe ses règles : un agent peut gérer un budget énergétique, sélectionner les fournisseurs les plus compétitifs et déclencher les paiements, dans le respect de contraintes éthiques et budgétaires. Les institutions financières qui n’offriront pas ces rails transactionnels programmables verront les flux migrer vers des écosystèmes alternatifs. Près de 40 % des flux B2B et B2C pourraient être automatisés via des mécanismes auto-exécutables d’ici 2030 (Gartner, 2023).
La survie du modèle dépendra du passage du KYC (Know Your Customer) au KYA (Know Your Agent).
La fidélité bancaire se transforme elle aussi : elle n’est plus affective, elle est économique. Les agents arbitrent les liquidités selon rendement, coûts et interopérabilité. Une banque qui se limite à moderniser son interface ou ses API deviendra alors une simple utilité de back-office. Accenture estime que 30 % des revenus bancaires traditionnels pourraient être captés par ces orchestrateurs si les banques ne s’imposent pas dans l’économie programmable. En 2030, chaque utilisateurpourra interagir simultanément avec plusieurs agents financiers spécialisés, sans relation directe avec son établissement.
La survie du modèle dépendra du passage du KYC (Know Your Customer) au KYA (Know Your Agent). La banque devra certifier la légitimité des agents et garantir que chaque action est réalisée pour le compte d’un humain identifié. L’IA Act européen et la tokenisation permettent déjà de lier l’identité d’un agent à celle de son mandant, rendant la délégation traçable et réversible.
Selon Grand View Research et Allied Market Research, le marché européen de ces infrastructures pourrait atteindre 45 milliards d’euros en 2030, avec une croissance annuelle de plus de 25 %, positionnant l’Europe comme un terrain privilégié de l’automatisation financière encadrée.
Le message est clair. Le passage du checkout, moment de friction, au check-in, moment d’enregistrement des intentions auprès d’une infrastructure de confiance, est inévitable. Refuser ce rôle, c’est abandonner le terrain et devenir simple spectateur d’une économie où l’argent circule librement… mais sans reconnaissance de la légitimité bancaire. Les agents, et non les marques, décideront demain de l’allocation des ressources. La banque qui s’imposera comme notaire numérique de cette économie programmable conservera un rôle central et stratégique.
Par, Boris Boisen, senior consultant chez Square Management