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L’inventivité stratégique des ETI, un atout surprenant pour la réindustrialisation

La Tribune

– 01 août 2025

À bien des égards les Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) industrielles sont surprenantes. Depuis 2022, les salariés en équivalent temps plein (ETP) du secteur de l’industrie sont pour 35 % d’entre eux employés par une ETI (1 084 000 sur 3 108 000 emplois), alors que les Grandes Entreprises (GE) représentent 32 % de l’emploi industriel. L’emploi au sein des ETI industrielles est aussi plus féminisé et plus jeune. Singulières, les ETI industrielles constituent un socle solide pour la réindustrialisation. Devant les PME et les GE, les ETI développent les activités industrielles des territoires, grâce à leur inventivité.

Les ETI, un socle solide 

De 1996 à 2017 la France a perdu 900 000 emplois manufacturiers, soit une baisse de 27% ; Mais à partir de 2017, la France a vu un net rebond de l’emploi salarié  dans l’industrie manufacturière. Sur la période 2017 à 2022 ce sont 130 000 emplois salarié  ETP qui ont été créés. Le rôle des ETI industrielles dans cette évolution positive est central.

Les ETI qui représentaient 34 % de l’emploi industriel en 1994, ont rassemblé 41,5 % de l’emploi industriel en 2022. C’est un gain de 7,5 points de pourcentage. Sur la même période, les GE ont certes également contribué à la hausse de l’emploi industriel, mais avec un gain de 2,3 points de pourcentage. 

Cette performance des ETI industrielles en matière de progression de l’emploi industriel s’estime véritablement en comparaison à la contre-performance des PME industrielles, sur la même période. En 1994, les PME représentaient 40 %de l’emploi industriel, pour descendre juste en dessous des 30 % en 2022. Accusant une baisse de 10 points de pourcentage, les effectifs des PME sont passés de 1,2 million à environ 0,7 million de salariés industriels.

De 2022 à 2024, les ETI ont ouvert environ deux fois plus de sites industriels que les GE, ont créé plus d’extensions et ont fermé moins de lignes de production, participant ainsi davantage aux ouvertures et aux extensions nettes.

Des architectes des territoires

Les ETI industrielles œuvrent naturellement au bénéfice de la décentralisation. Au sein des territoires, Les ETI industrielles se développent, et de façon singulière. C’est ce que montre le dernier rapport de la Chaire Etilab, en trois enseignements.

Le premier enseignement est que les ETI créent des emplois industriels dans des départements qui ne sont pas les plus industrialisés historiquement. Les ETI contribuent ainsi à l’industrialisation de nouveaux territoires.

Le second enseignement est que les ETI investissent majoritairement dans des départements qui ne sont pas ceux qui ont la plus forte croissance globale de l’emploi industriel. Les ETI industrielles parviennent à faire émerger de nouveaux pôles industriels, en étendant leurs propres zones d’influence.

Le troisième enseignement est que les ETI développent le plus intensément leurs activités industrielles dans des départements qui sont limitrophes des zones de forte croissance industrielle. Les ETI focalisent leurs efforts en périphéries de cœurs de réindustrialisation, ce qui renforce les connexions régionales, en profitant d’externalités spatiales (infrastructures, compétences).

En 2021, parmi les 1 600 usines présentes sur le territoire 37 % étaient détenues par des ETI et concentraient 44 % du chiffre d’affaires, alors que 12 % appartenaient à des GE pour 33 % du chiffre d’affaires. Toutes ces réalités désignent les ETI comme les véritables architectes des territoires, en matière de réindustrialisation. Pour y parvenir les ETI industrielles empruntent des stratégies peu conventionnelles.

Des stratégies inventives

Pour déjouer une concurrence non-européenne particulièrement agressive, les ETI industrielles savent investir en R&I et innover. Moins bien financées que les  grandes entreprises, elles sont contraintes d’explorer des stratégies plus inventives.

L’inventivité des ETI industrielles s’exprime d’abord par des stratégies de niche étonnantes. Prenons le cas des 877 collaborateurs du groupe agroalimentaire Nutriset, qui sont tous mobilisés pour lutter contre la malnutrition. Leurs innovations répondent exclusivement aux demandes des acteurs humanitaires et de la santé, afin de faire face à des situations d’urgence précises telles que la malnutrition aiguë sévère.

Une autre stratégie inventive mobilisée par des ETI industrielles consiste à générer des économies d’envergure. Là où les économies d’échelles visent à produire plus pour fabriquer moins cher, les économies d’envergure visent la recherche de débouchés sur d’autres marchés de niche et tout en tirant parti d’une production conjointe de plusieurs produits. Le leader des alliages de cuivre et de nickel Lebronze alloys « ne gère pas 1, mais 150 marchés de niche ».

Enfin, nombreuses ETI industrielles se distinguent par des visions stratégiques à long terme. Leurs objectifs stratégiques sont positionnés à 10 ou 20 ans.

L’ensemble des ETI industrielles offrent une source d’inspiration intarissable, aussi bien les unes pour les autres que pour les grands entreprises industrielles. L’inventivité — qualité française — devient un facteur clé de succès lorsqu’elle est appliquée à la stratégie, au service de la réindustrialisation.

Par Tony da Motta Cerveira, Principal et Sponsor du domaine d’excellence Innovation chez Square Management.

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